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mardi 10 juillet 2018

Méridiens, cartes, horloges marines (1)

Peinture de Francesco di Antonio del Cherico pour la traduction latine de la Cosmographia de Ptolémée (vers 1465-1470).
Longtemps la Terre fut plate. Certains, dès les temps les plus anciens, la dirent ronde. Plus tard, on l'a encore vue s'aplanir — question de point de vue sans doute. Mais même ronde, elle fut longtemps étrangement vide : de ce qu'on savait d'elle depuis l'Antiquité, une fois placés les lieux cartographiés par Ptolémée, il restait bien des lieux à emplir qu'on ne pouvait abandonner aux seuls océans. D'ailleurs, les dimensions proposées par les Anciens — Pythagore, Aristote, Ératosthène, Ptolémée, tous ces vieux Grecs — semblaient si incroyablement immenses que force était d'assurer qu'ils s'étaient forcément trompés quelque part.
La septième figure de l'Imago Mundi de Pierre d'Ailly (1410) montre la sphère terrestre divisée de l'équateur aux pôles par des lignes parallèles symétriques mais limités aux seuls tropique et cercle polaire dans l'hémisphère sud entièrement vide. Pour Pierre d'Ailly qui s'appuie sur la tradition aristotélicienne, seul l'hémisphère nord comporte des terres émergées et est habité. Contrairement aux pratiques usuelles de son temps, il place le nord en haut de la page. Ces divisions parallèles sur lesquelles il place continents et pays connus de son temps sont en fait des divisions climatiques, telles que les a définies Parménide dès le Ve siècle avant notre ère.
Enfin le temps vint où l'on considéra que le mieux qu'on puisse faire alors fût d'explorer le monde et de remplir les vides de toutes ces terres nouvelles que l'on découvrirait. L'attrait du sud, la tentation des terres étouffantes fit le reste. Les premiers à se lancer furent les Portugais.

Mais comment se repérer en mer ? Le voyage se faisait sous la voûte étoilée et c'est par l'observation des étoiles que se mesura d'abord l'avancée vers le sud :
Nous ne vîmes qu'une fois la Tramontane [l'étoile polaire] qui nous parut très basse à l'horizon ; aussi nous ne pûmes la voir que par temps clair et serein et encore nous apparut-elle à la hauteur d'une lance au-dessus de la mer. Nous vîmes également six étoiles basses sur la mer, grandes, lumineuses et brillantes qui nous servirent de repères.
Alvise Ca' da Mosto, vers 1455

Ca' da Mosto arriva en effet à cette limite inquiétante, passée la Ligne, l'équateur, où l'étoile polaire disparaît et avec elle, non seulement tous les repères familiers au navigateur depuis l'antiquité mais également le repère qui servait à établir la latitude sous laquelle on naviguait : jusqu'alors, c'était simple, la technique en avait été développée par les Arabes avec l'astrolabe que tout navigateur devait savoir employer, avec l'octant utilisé dès l'antiquité.
Mais à partir d'un certain point, comment mesurer la lente avancée des navires portugais le long des monotones rivages africains ? Il fallut donc établir de nouvelles méthodes pour établir la latitude par la hauteur du soleil, utiliser un nouvel instrument, le quadrant, et ce sera le fait des navigateurs portugais à la fin du XVe siècle. Ces nouvelles techniques vont leur permettre non seulement de se lancer sur les mers mais encore de tracer leurs voyages sur l'espace encore vierge des cartes.
Nous avons découvert d'autres îles, d'autres terres, d'autres mers, d'autres peuples ; et plus encore que tout cela, un autre ciel et d'autres étoiles.
Pedro Nunes, Tratado em defensão da carta de marear (Éloge des cartes marines), 1537

Les premières cartes marines de ces territoires nouvellement découverts, ces splendides portulans des 
xve et xvie siècles, comportent souvent en marge cette échelle des latitudes qui permet de placer les lieux de part et d'autre des tropiques ou de l'équateur.



Le portulan montre la pointe sud de l'Afrique et, comme un petit cran que couronne une colonne, le Cap de Bonne-Espérance. Les deux colonnes ou padrao puis le drapeau indiquent les étapes de la conquête de la mer par les navigateurs portugais : le dernier marque le lieu où l'équipage de Bartolomeu Dias a refusé de poursuivre vers l'océan Indien. A gauche, une règle marque la latitude observée tandis que la triangulation à partir de la rose des vents centrale guide la représentation des rivages et la localisation précise des ports ce qui aidera la navigation qui, plutôt que de s'éloigner en pleine mer, se tiendra encore le long des côtes. Quant à la longitude, il n'en est pas question encore.
Mais ce savoir resta cantonné au petit cercle des navigateurs. A Isabelle la Catholique qui demandait aux sages réunis à Salamanque leur avis sur la demande de Christophe Colomb de partir chercher l'Inde par l'ouest, les sages répondirent par la négative : saint Augustin lui-même avait assuré qu'il était impossible de passer d'un hémisphère à l'autre, et le fait que les Portugais aient franchi l'équateur vingt-cinq ans plus tôt et continuent de le faire sans souci chaque année n'avait pas troublé nos doctes savants. Si la Terre était bien fixée au centre du monde, cela impliquait, quoi qu'en dise l'expérience de marins incultes, qu'il y ait un dessus et un dessous du monde, un haut et un bas.
Cette miniature de la Cronica del Rei D. Afonso Henriques de Duarte Galvào (premier quart du XVIe siècle) montre la partie du monde cédée au roi du Portugal par le traité de Tordesillas en 1492. Telle qu'elle est représentée, la Terre est absurdement partagée en deux parts inégales par une ligne équatoriale qui n'est en rien à équidistance des pôles. Cette maladresse apparente souligne la difficulté d'envisager les véritables dimensions de la Terre, notamment dans l'hémisphère sud. En marge de la page, une série de sphères armillaires symbolisent l'ouverture du Portugal sur l'immensité du monde.
Mais Christophe Colomb veut suivre la suggestion que l'Italien Toscanelli a développée dès 1474 : il propose de tenter une circumnavigation en partant vers l'Ouest, c'est-à-dire vers la Chine et les Indes. Si l'idée est juste, évidemment, les données qu'ils possèdent sont fausses : l'un et l'autre tablent sur une longueur du rayon terrestre bien trop courte — et donc sur un globe terrestre beaucoup plus petit ; de même, ils estiment l'Eurasie bien plus large et étendue à la surface de ce globe.
Cet exemplaire de l'Imago Mundi du cardinal Pierre d'Ailly, édité en 1483 ou 1487, a appartenu à Christophe Colomb qui y a porté en marge 475 remarques. Ici, il s'agit du huitième chapitre, De la quantité de terre habitable, où Colomb oppose en note ses expériences au discours théorique des savants. Imago Mundi a été écrit en 1410 par un théologien français, Pierre d'Ailly (1350 - 1420) qui s'appuie sur Aristote, Ptolémée ou Pline l'Ancien. Il cite aussi saint Augustin ou les savants musulmans Avicenne et Averroès.Ce ne sont pas seulement les annotations de Colomb qui sont émouvantes comme l'est toute note manuscrite figurant en marge de vieux livres, c'est la méthode qui apparaît dans l'organisation de ces notes, l'encadrement d'un texte imprimé avec de larges marges, bien plus larges que celles dont nous bénéficions, ce sont aussi les accolades le long du texte, les encadrés, les phrases soulignées, tout ce qui peut montrer le développement de la pensée. (Bibliothèque Colombine, Séville)
En effet, mesurer cette Terre que l'on part explorer n'était pas si aisé  et que, de ce qu'on pouvait comparer avec la Cosmographie de Ptolémée ou avec la géographie décrite par Aristote, il ressortait davantage de mystères que de certitudes. Christophe Colomb quitta donc Cadix avec l'idée que la Terre était moins vaste qu'elle ne l'était réellement, d'une part, et que l'Inde était bien plus éloignée de l'Europe vers l'orient — et donc bien proche en tentant de l'approcher par l'occident, d'autre part. Sans doute lui fallut-il quatre voyages pour prendre la mesure du monde réel.

 
La Terre pouvait difficilement soutenir l'Europe à sa place au nord de l'équateur sans qu'un contrepoids, sous la forme d'un immense continent austral, ne vienne contrebalancer le poids des terres de l'hémisphère nord. On chercha longtemps ce continent jusqu'à ce que James Cook finisse par en apercevoir les glaces en 1774. A défaut de le trouver, on l'imaginait jusqu'alors comme une sorte de jardin d'Eden, bien au sud du Cap de Bonne-Espérance.
Le pilote de la Santa Maria, Juan de la Cosa, a tracé en 1500 la première carte du nouveau monde. Il s'agit encore d'un portulan où sont indiqués uniquement les côtes et les ports. Outre les lignes de triangulation pour aider à l'orientation des côtes, ce portulan ajoute trois lignes repères : le tropique du Cancer, l'équateur, et la ligne du traité de Tordesillas séparant les possessions espagnoles et portugaises. Entre deux masses continentales d'un vert opaque, le cartographe a placé très précisément l'arc des Caraïbes. Seule trace des ambitions originelles de Colomb, l'éventuel passage vers l'Asie est masqué par le cartouche représentant saint Christophe.
Ici, c'est le détroit de Magellan qui est à l'honneur. Inconnue encore quant à elle, la Terre de Feu figure sans réalisme aucun comme l'aile bariolée d'un oiseau du sud (carte espagnole du XVIe siècle).

Encore une fois, comment se repérer en mer ? Comment retrouver les terres visitées ?

La première difficulté de ces voyages de découverte ne fut pas tant de se repérer — la boussole était connue en Méditerranée depuis trois siècles, l'astrolabe marine avait été mise au point par le philosophe, poète, astronome majorquin Ramon Llull en 1295 — que d'oser se lancer sur l'océan, cette mer qui ne menait à rien. Les navigateurs européens ne s'étaient écartés de la Méditerranée jusque là que pour longer les côtes atlantiques et, soit remonter vers les îles britanniques ou la Baltique, soit longer les côtes marocaines. Au-delà des Canaries, nul ne savait ce qui se produirait.
Cependant, quoi que beaucoup partissent — et c'étaient des hommes de belle renommée par leurs exploits dans le métier des armes — aucun n'osa au-delà de ce cap.
Et pour dire la vérité, cela n'était pas manque de courage mais parce qu'il s'agissait d'une chose tout à fait nouvelle et mélangée d'anciennes légendes qui avaient cours chez les marins d'Espagne depuis des générations. Et quoique ces légendes fussent trompeuses, l'idée de les vérifier semblait pleine de menaces.
Gomes Eanes de Zurara, Cronica da Guiné, vers 1453

On avançait et, au fur et à mesure, on dessinait ce qu'on voyait en suivant les côtes au plus près, on traçait des portulans. On mesurait aussi, ne serait-ce que pour estimer la progression vers le sud, d'abord vers l'équateur puis, une fois cette étape franchie, au-delà. Les navigateurs portugais ont perfectionné l'astrolabe — pour les quadrants et sextants il faudra attendre un ou deux siècles encore — et l'usage de cet instrument est diffusé, d'abord sans doute par la pratique puis par des ouvrages techniques dont le premier est l'Arte de navigar de Martin Cortès de Albacar en 1555.

Si mesurer la latitude était simple, nous l'avons dit, la mesure de la longitude, c'est-à-dire de la distance vers l'est ou l'ouest d'un méridien de référence, était bien plus complexe à réaliser. A priori pourtant, il s'agissait seulement de calculer la relation simple entre l'heure solaire locale et une heure de référence — l'angle horaire. Or ce calcul qui était un enjeu majeur pour l'exploration du monde, la conquête des océans et, par la suite, la formation des empires coloniaux au xviiie siècle, se révéla redoutablement complexe.
En 1583, le Français Jacques Devaux, pilote au Havre, propose aux navigateurs cet instrument, l'une des suggestions improbables destinées à résoudre mécaniquement la difficulté à faire le point astronomique au cours de la navigation.
La première méthode consistait à conserver ou transporter sur le navire l'heure du point de départ (le méridien d'origine) afin de la comparer avec l'heure où le soleil est au plus haut là où on se trouve, c'est-à-dire le midi local. La différence indiquait l'angle horaire et, puisque le soleil va balayer en 24 heures les 360° de longitude, la longitude du point où l'on se trouve.
Or pour cela, il aurait fallu pouvoir "conserver le temps" de manière régulière : on essaya les sabliers, les clepsydres, les horloges enfin comme le conseillait dès 1533 le cartographe et mathématicien Gemma Frisius. Mais avec l'agitation de la mer, le mouvement de la navigation, les effets des changements de climat, aucune horloge construite jusqu'au milieu du xviiie siècle n'évitait, dans le meilleur des cas, des retards lents mais réguliers. Aucun de ces instruments ne permettait de mesurer le temps avec précision. Or à l'équateur, une erreur d'un dixième de seconde représente un "écart" de 46 m. Et une erreur de quelques minutes de longitude suffit à faire perdre de vue un îlot dans le Pacifique. La solution dans ce premier cas était  d'obtenir une horloge ou un chronomètre fiables.

Il existait une seconde méthode, à base de tables éphémérides où étaient consignés le mouvement des astres — de la lune par exemple, ou des lunes de Jupiter dont les éclipses se produisent plusieurs fois par jour — ou des conjonctions astronomiques particulières, des éclipses, telles qu'elles seraient visibles au point de départ et dont le déplacement dans le ciel indiquerait la position du navire : observer une éclipse dont les différentes phases seraient repérées en heures du méridien de Paris, dans les recueils astronomiques, par exemple, mais pour résoudre une question quotidienne, il s'agit d'un phénomène trop peu fréquent. Il en est de même pour l'observation d'une occultation d’étoile.

Quelle que soit la méthode choisie, le problème était de pouvoir embarquer des instruments astronomiques puissants (donc plutôt conçus pour être utilisés dans un observatoire), stables (ce qui n'est pas évident à bord d'un vaisseau), puis de pouvoir les utiliser et de savoir calculer à partir des éphémérides. Mais les instruments qui étaient utilisés jusqu'au début du xviiie siècle, l’astrolabe nautique, le quadrant, le quartier de Davis, manquaient de précision dans les mesures. Or si cela n'intervenait guère dans le calcul de la latitude, cette imprécision rendait impossible la détermination de la longitude. En effet, avec la méthode des distances lunaires, une erreur de 1' sur la mesure de la distance angulaire entraînait une erreur pouvant atteindre 45' sur la longitude.

Alors, à défaut de pouvoir clairement tracer les cartes, les navigateurs multiplient les dessins, les vues d'approche des côtes et de l'entrée des ports, le tracé des montagnes qui dominent tel site, tout ce qui permettra d'avoir le plus de repères possibles hors des mesures cartographiques et pourra aider à identifier la position exacte d'un navire lorsque, au sortir d'une tempête, il se trouvera face à un rivage inconnu. Enfin, en plus des rivages et des fleuves, on dessine des habitants et de leurs pratiques : on ne sait jamais où on pourrait tomber.

C'est ce que feront les Portugais le long des côtes d'Afrique, comme ici à l'île de Mozambique ou, ci-dessous, au détroit d'Ormuz.
La flotte de Vasco de Gama atteignit l'île de Mozambique le 1er mars 1497. Sur ce routier, un manuscrit  qui décrit précisément rivages, refuges, points de ravitaillement et ports, on voit le vaste cercle de la baie de Mossuril avec les estuaires de deux fleuves côtiers, la pointe crochue de Semilha en haut à droite, inchangée aujourd'hui, les bancs de sable et les hauts fonds. En avant, l'île est protégée par deux îlots, Goa et Sena. S'ils arrivaient trop tard dans la saison pour bénéficier des vents du sud-ouest qui les mèneraient jusqu'en Inde, les marins portugais restaient jusqu'à huit mois de suite à Mozambique en hivernage, à attendre la mousson d'été. En attendant, les fièvres faisaient des ravages sur les équipages. D. Joào de Castro, Roteiro de Viagem de Lisboa a Goa, 1538.
A Oman, la flotte portugaise devant Mascate en 1555 : prendre le contrôle du détroit d'Ormuz était essentiel pour contrer le commerce arabe et assoir sa domination sur l'océan Indien.
Les Anglais feront de même le long des côtes du Pérou. Francis Drake a ainsi représenté jour après jour les côtes de l'Amérique du sud alors qu'il remontait vers le nord.
Vue des approches de la baie de Nombre de Deos au Panama, lieu d'embarquement de l'or et autres métaux précieux vers l'Espagne. Dessin à l'aquarelle figurant sur le dernier journal de bord de Francis Drake, mort de dysenterie non loin quelques jours plus tard, en 1596.
Les côtes nord américaines, quant à elles, avaient été dessinées plus tôt par le Français Jacques Le Moyne de Morgues qui accompagna l'expédition de Ribault et Laudonnière en 1562. Les gravures par lesquelles nous les connaissons ont été réalisées par Théodore de Bry en collaboration avec Le Moyne qui a dû recréer ses dessins de mémoire. Aucun repère géodésique ne figure sur ces représentations des côtes de Virginie, de carte.
Les premiers atlas favorisent ce type de représentations qui montrent la forme d'un rivage, l'approche d'un port en ajoutant les repères que sont la forme d'une ville et ses monuments — forteresses, châteaux, phares — ou celle du relief avoisinant.
Le célèbre atlas de Georg Braun et Frans Hogenberg (publié entre 1572 et 1618), Civitates Orbis Terrarum, offre des vues de nombreux ports et villes du monde, y compris hors d'Europe. Ici, Calicut, Ormuz, Canananore et La Mine.

Ainsi, mesurer les longitudes resta donc d'une difficulté majeure jusqu'au milieu du xviiie siècle et, par les limites que cette difficulté imposait au développement colonial, constitua un enjeu scientifique essentiel pour les États européens à vocation impériale. Le problème était de trouver un moyen de tracer des cartes exactes qui permettraient de retrouver plus tard les lieux découverts— et non d'arpenter sans fin les océans comme le fit James Cook sur ses deux premiers voyages à la recherche d'îles à la localisation toute hypothétique (sans parler du continent antarctique que la Royal Society lui demandait de trouver).
À suivre

Cet article doit beaucoup au livre du Contre-amiral François Bellay, Livre des terres inconnues. Journaux de bord des navigateurs. XVème-XIXème siècle, publié aux éditions du Chêne en 2000 et splendidement illustré.

dimanche 18 décembre 2016

Explorer le nouveau monde

John White, Vue du village de Secoton sur l'île de Roanoke (Caroline du Nord), aquarelle, 1585
On lit "Their green corn" et on pense à un champ soigneusement cultivé, d'un vert frais sous le soleil de printemps. On lit "Wherin the Tombo of their Herounds standeth" et on voit tous ces tumulus antiques venir à nous, entre les hautes herbes si vertes. On lit "The place of solemne prayer" et ces quelques piliers en appellent d'autres, on se souvient de Stonehenge l'après-midi après la pluie, on pense à tous ces hommes qui prient en cercle quelque part dans le monde. On lit "Their sitting at mense" et la frugalité de ce qui est déposé sur une natte à même le sol nous parle de Caton, d'un idéal républicain depuis longtemps oublié et ici retrouvé.

Sous le règne d'Elizabeth I et dans les années qui suivirent, plusieurs expéditions partirent d'Angleterre sous le contrôle, notamment, de Sir Walter Raleigh afin de fonder une colonie dans le Nouveau Monde. Lors du premier de ces voyages, John White (c.1540 - c.1593), géographe, pionnier et artiste, fut chargé tout autant de dresser des cartes que de réaliser une sorte de reportage par l'image sur les territoires conquis. En 1585, il reçoit ainsi la commande de représenter les habitants du Nouveau Monde et leur environnement et choisit non pas d'utiliser la peinture à l'huile comme l'aurait voulu l'usage mais plutôt l'aquarelle ce qui était bien plus original.
Ces aquarelles, réalisées pendant son séjour de quelques mois à l'île de Roanoke dans l'actuelle Caroline du Nord, sont les premières représentations des peuples du littoral oriental d'Amérique du nord et les seules images que nous conservons des populations que rencontrèrent les tous premiers colons britanniques.

Qu'y a-t-il de plus émouvant dans cette image ? La femme qui nous regarde, si vivante et si lointaine pourtant, à plus de quatre cent trente ans de nous ? L'enfant qui regarde sa mère et, le doigt sur la poitrine, semble lui parler — à elle qui n'a de regard que pour l'étranger occupé à son portrait ? La poupée, robe noire et coiffure rouge, petite figure élisabéthaine offerte par le voyageur anglais, dans la main de la petite fille ?
Hommes et femmes autour du feu, leurs mouvements si souples, détachés de toute tension, attentifs ni vraiment au peintre qui les observe, ni à celui semble plonger son visage dans la fumée. Dans leurs mains, des gourdes emplies de petits cailloux qu'on agite. On imagine un chant, plus fredonné qu'entonné à pleine gorge.
Le succès de ces aquarelles fut tel en Europe qu'elles furent rapidement reproduites, en particulier par le graveur flamand Théodore de Bry qui les publia en 1590 sous le titre A Briefe and True Report of the New Found Land of Virginia , accompagné d'un texte qui sera traduit en plusieurs langues.  
Théodore de Bry reprend l'aquarelle du "danseur" de John White (voir plus haut), il en conserve précisément le costume mais occidentalise le visage et rajoute un paysage inspiré par d'autres dessins, soit de White soit de Le Moyne. L'occidentalisation du personnage est d'autant plus marquée dans les gravures de ce recueil entièrement coloré à la main lors de sa publication en 1590, où les Amérindiens sont représentés avec une chevelure blonde et la peau très pâle.
En effet, Théodore de Bry a également, à la suite de cette première publication, utilisé les dessins et les cartes d'un Français, Jacques Le Moyne de Morgues (1533 - 1588).

Aucune trace ne subsiste de la jeunesse et des années de formation de ce dernier. Nous savons juste qu'en 1564, âgé de trente ans, il accompagna la seconde expédition d'exploration de la Floride mandatée par Gaspard de Coligny et menée par les navigateurs français Jean Ribault et René Laudonnière, expédition qui se solda par un désastre lorsque les relations entre les Français et les tribus amérindiennes de la côte, initialement positives, se sont dégradées au moment où les tensions se multipliaient au sein du groupe d'explorateurs français. En France, les guerres de religion avaient mis un coup d'arrêt aux politiques d'expansion extérieure et Ribault ne put obtenir le soutien qu'il espérait de la part de Charles IX : ni troupes supplémentaires, ni colons.
L'attaque de Fort Caroline par les Espagnols signa la fin de l'aventure.
A leur arrivée en Floride, les Français échangent des présents avec les tribus amérindiennes.
Ribault et Laudonnière avaient accosté tout au nord de la Floride à la hauteur du fleuve Saint-Johns où ils ont fondé Fort Caroline (plus ou moins sur le site de l'actuelle Jacksonville). Le Moyne suivit Ribault dans son exploration de l'embouchure du fleuve et de l'intérieur des terres, les lacs et marais notamment, comme dans ses travaux de fortification (sur l'avant-poste de Parris Island et à Fort Caroline même) et y travailla d'abord au tracé de cartes.
Le navire français et sa chaloupe s'avancent sur la rivière de Mai — le fleuve Saint Johns — alors que des nageurs indiens viennent à leur rencontre, les mains levées vers eux.
Les Français explorent la côte géorgienne vers le détroit de Saint-Andrews. Le Moyne reproduit les constructions de roseaux lancés en travers du courant et destinés à la pêche.
En remontant une rivière qu'ils nomment Port Royal, les Français arrivent sur un groupe d'Amérindiens en train de faire cuire un lynx et baptisent immédiatement les lieux "pointe du Lynx". Plus immédiatement identifiables, des dindons en bas à droite. On peut aussi noter la taille plus qu'exceptionnelle des fruits.
Les Français s'étaient installés en 1562 sur un premier site, Charlesfort (en hommage au roi Charles IX) sur Parris Island. Assaillis par les alligators qui infestaient le fleuve, les Français quittent le fort en canoés pour tenter d'obtenir l'aide de leurs voisins amérindiens.
Ils ont ensuite construit le fort Caroline selon un plan triangulaire sur la rive du fleuve Saint Johns. Ils ont tout d'abord creusé des fossés sur deux des côtés pour assurer la protection du fort.
Le côté du fort qui fait face au fleuve (vers l'ouest) est protégé par des planches alors que les deux autres côtés sont élevés en terre, élément classique des fortifications "à l'italienne" au XVIe siècle.
La seconde tâche de Le Moyne fut de relever le relief et de décrire les paysages, la faune et la flore — et enfin les hommes. Là encore, ce seraient les plus anciennes représentations de ces cultures de la côte Sud-Est des États-Unis, en particulier de la culture Timuaca.
Le rituel préliminaire à une bataille est mené par le roi Satouriona : deux récipients contenant de l'eau sont placés au centre du groupe des guerriers. Le premier servira à les asperger afin que le Soleil leur accorde de voir le sang de leurs ennemis les asperger de même. Le second sera ensuite versé sur le feu dans l'espoir que leurs ennemis seront éteints comme le feu le sera.
Ensuite le sorcier intervient à la demande du roi Holata Outina. Il s'agenouille sur un bouclier après avoir tracé des signes en cercle dans la terre. Il se contorsionne afin de déterminer la puissance de l'ennemi. On voit comment les Français, tout devant et surtout à l'arrière plan observent la scène, représentés à égalité de taille avec les Amérindiens, spectateurs prêts à en découdre également.
Toujours sous le regard des Français, les guerriers s'assemblent ensuite pour fêter la victoire. Le chef est assis au centre, entouré de ses conseillers. De leur côté, les femmes préparent une sorte de thé appelé "casina" et ceux qui le vomiraient — on peut imaginer que le goût ou la toxicité en était peu supportable — seraient jugés inaptes à se battre.
Après la bataille, on expose les trophées pendant que le sorcier chante son exécration de l'ennemi, accompagné par trois musiciens : l'un qui frappe une pierre d'une sorte de marteau, les deux autres qui agitent des gourdes emplies de cailloux.
Les morts sont pamassés sur le champ de bataille. Le Moyne note comment on leur relève la tête d'une sorte de coussin, et comment leur poitrine et leurs jambes sont entourées d'une bande fourrure.
Les veuves viennent ensuite supplier le chef de venger leurs époux tués à la bataille. Cachant leurs visages, elles le supplient de les soutenir et de leur permettre de se remarier une fois passée la période de deuil.
Les veuves coupent leurs cheveux juste au-dessous de leurs oreilles et les répandent sur la tombe de leur époux après y avoir déposé son carquois et sa coupe à boire. Elles se remarieront quand leurs cheveux auront repoussé.
La chasse à l'alligator était sans doute la plus frappante pour les Français dont on a vu qu'ils avaient commencer par fuir leur fort lorsque celui-ci se trouva au milieu de ces animaux. Le Moyne note que chaque village amérindien conservait de jour comme de nuit une garde qui veillait à ce que les alligators n'approchent pas. Pour l'abattre, il fallait tout d'abord lui planter un pieu dans la gorge puis le retourner et l'achever. Il est évident que Le Moyne a pu raconter la scène… mais que Théodore de Bry n'avait aucune image de l'animal (et n'en avait jamais vu personnellement), d'où le doux regard de la bête, ses petites oreilles et ses bras musclés, presque humains et terminés de mains aux longs doigts.
De même, la technique de chasse où les hommes se couvrent de la dépouille d'un animal pour en prendre la forme et avancer masqués vers leur proie sans méfiance était inconnue des Français.
Le chef sera enterré sous un petit tumulus entouré de flèches plantées verticalement, sa coupe à boire posée sur le dessus. Sa maison sera ensuite brûlée avec toutes ses possessions et trois jours de deuil seront observés.
Pourtant, ces images ne sont pas sans poser problème : il semble que tous les dessins originaux de Le Moyne sauf un (conservé à la New York Public Library), auraient été détruits lors de l'attaque de Fort Caroline par les Espagnols et que les gravures par lesquelles nous les connaissons sont en fait des gravures réalisées par Théodore de Bry, encore, à partir de la recréation de mémoire de ses dessins par Le Moyne — Le Moyne qui souhaite les ajouter au récit de son voyage qui sera publié de manière posthume à Londres en 1591 : Brevis narratio eorum quae in Florida Americai provincia Gallis acciderunt (Le Moyne étant mort à Londres en 1588, peintre botaniste au service de Sir Walter Raleigh).

Les gravures présentées ici proviennent d'un exemplaire entièrement aquarellé du volume IV, Americae, des Grands Voyages publiés par Théodore de Bry en 1591.
Aujourd'hui, toutes ces gravures, et jusqu'au seul dessin original subsistant, sont soumis à la critique : Le Moyne a-t-il réellement représenté la culture Timuaca ou Théodore de Bry n'a-t-il pas tout dessiné lui-même, sans doute à partir de récits de Le Moyne (De Bry assure avoir obtenu des documents par la veuve de Le Moyne) mais en utilisant également diverses autres sources comme les aquarelles de John White qui, toutes associées, vont contribuer à forger l'image de l'habitant du Nouveau Monde pour plusieurs siècles.

Théodore de Bry, protestant chassé de Liège en 1570, réfugié d'abord à Strasbourg puis à Anvers, vécut à Londres entre 1585 et 1588 — où il aurait pu rencontrer Le Moyne ou White ou du moins avoir connaissances de leurs dessins et récits — avant de s'installer définitivement à Francfort sur le Main où il développa son activité de graveur et imprimeur et obtint le succès par la publication d'une série d'ouvrages consacrés aux grands voyages de découverte.
Le volume Americae commence par une large carte du rivage de la Virginie, qui déploie sur deux pages la pointe de ses cordons littoraux (la carte est orientée vers l'ouest, le nord est donc vers la droite). Sur la page de droite (plus bas), on identifie la baie de Chesapeake. Notez le cadre de verdure, l'échelle dans son cartouche ornée d'une sirène dorée, juste au-dessous d'un compas, les petits vaisseaux sur l'océan, la baleine et l'indien au carquois guettant les Anglais depuis la côte, et puis au-dessus de la rose des vent rose et bleue, le cartouche rendant hommage à Raleigh.
Une seconde carte montre une vue rapprochée de la côte nord de la Caroline du Nord où on peut identifier l'île de Roanoke, le cordon de Nags Head et, à gauche, la passe d'Hatteras (orthographiée Hatorask sur la carte). L'orientation n'est pas indiquée sur cette carte-ci (ni l'échelle) mais le nord est toujours vers la droite.
L'ouvrage est très largement illustré : Théodore de Bry y reprend sans vergogne les dessins de White et de Le Moyne et les grave en les transformant de façon plus ou moins importante. Certains dessins sont gardés presque tels quels quand d'autres sont entièrement modifiés.
Ici, Théodore de Bry reprend directement une aquarelle de White montrant la méthode employée par les tribus de Caroline du nord pour fumer et conserver le poisson.
Si l'on ne tient pas compte de l'usage des couleurs, qui ne vaut que pour cette version de l'ouvrage, plus communément constitué de gravures au trait noir, on notera l'ajout de paysage à l'arrière plan ou, ici, de poisson, poulpe, coquillages, épis de maïs, disposés comme pour un catalogue
La gravure que Théodore de Bry tire de la vue d'un charnier dessinée par John White est assez fidèle à l'original. Le titre donné par de Bry, The Tombe of their Werovvans or Cheiff Lordes, résume celui de White The Tombe of their Cherounes or cheife personages, their flesh clene taken of from the bones saue | the skynn and heare of theire heads, wch flesh is dried and enfolded in matts laide at theire | feete. their bones also being made dry, ar couered wth deare skynns not altering | their forme or proportion. With theire Kywash, which is an | Image of woode keeping the deade. Sur la gravure, de Bry ne représente que neuf corps quand White en a peint dix. Le texte qui accompagne la gravure, rédigé par Thomas Harriot, reprend largement celui de White.
 
On peut comparer la version du village selon Théodore de Bry (à gauche) avec l'aquarelle de John White (à droite) qui en est évidemment la matrice :























Seul point réellement conservé à l'identique, l'alignement et la forme des bâtiments. Les personnages sont les mêmes mais la cérémonie en bas à droite semble devenue chez Théodore de Bry un simple jeu de balle, ses spectateurs accroupis dans l'allée ont revêtu des jupes colorées. En haut à droite, là où une petite silhouette s'éloignait sous des arbres à peine esquissés, Théodore de Bry trace une forêt, y place des huttes, la peuple de daims et y place d'étranges chasseurs dont on ne sait s'ils poursuivent le gibier ou les hommes.
Le texte qui figurait directement sur le dessin de White a été déplacé à l'extérieur de la planche gravée où ne subsistent que des lettres renvoyant à la légende. Mais le plus frappant est le fait d'avoir donné au paysage l'allure d'un jardin italien par le simple fait du vert : sur l'aquarelle, seuls quelques mots et la silhouette des arbres nous indiquent la nature du terrain, il y a le "corn newly sprong" et au-dessus "their greene corn", simples traits à la mine de plomb l'un et l'autre. Sur la gravure, les plantes se sont développées, des tournesols géants occupent un espace laissé vide par White, des fleurs multicolores forment une large haie aux plantations : le territoire du Nouveau Monde entre par la gravure dans le registre du Jardin d'Eden et par là, annonce le discours de l'Utopie qui va marquer la relation des Européens, et surtout des protestants, au continent nord-américain.

On peut encore comparer de même la gravure de Théodore de Bry (à gauche) et celle de Jacques Le Moyne (à droite), sans doute également gravée par de Bry : deux variations en somme sur le même thème du village en cercle, de la haie trop ouverte pour être vraiment protectrice, de la nature résumée à l'amorce d'une forêt mais où Théodore de Bry suggère des cultures soigneusement délimitées.




La comparaison des dessins montrant des personnages souligne la perte d'émotion entre l'aquarelle et sa reproduction gravée. Dans la représentation de la mère avec son enfant, ce qui faisait la puissance du dessin de John White a disparu dans la gravure. La mère ne regarde plus le voyageur anglais mais, en biais seulement et avec une sorte de surprise, son enfant. Celui-ci, s'il est toujours nu, n'est plus sexué et de petite fille pensive semble plutôt être devenu un petit garçon, par la transformation complète de l'attitude.
Chez Théodore de Bry, la relation entre la mère, l'enfant, le jouet et l'artiste est totalement différente de celle qui figurait sur le dessin de John White. L'enfant au sexe masqué n'est plus dans la connivence avec sa mère mais dans une attitude combattante qui préfigure celle de l'homme qu'il deviendra — un guerrier. Du coup, la petite poupée à l'allure européenne que l'enfant tient en main n'est plus un simple jouet mais, opposé au hochet sonore que le garçon brandit et qui évoque le son des cérémonies religieuses où se rassemblent les hommes, le signe d'une menace sur les relations entre l'Angleterre et ses colonies. Ainsi, le calme de la scène porte en lui une tension quant à l'avenir, quand les enfants auront grandi.
Dans les deux gravures ci-dessous, on voit comment est transformé le propos des artistes voyageurs par le graveur : Théodore de Bry reprend largement les éléments dessinés par Le Moyne comme par exemple à l'arrière plan les constructions de roseau jetées en travers du fleuve pour capturer les poissons. Mais là où Jacques Le Moyne ne montre que la transparence de l'eau et les corps nus et magnifiés des nageurs pris dans le courant, l'agilité des mouvements, le soin porté aux objets qu'on porte tout autant qu'aux enfants, de Bry quant à lui aligne les animaux marins en une étrange vue plance qui n'est pas sans rappeler telle mosaïque antique dénuée de toute perspective. Ici encore, il s'agit de placer le lecteur devant une réapparition du Jardin d'Eden, un lieu parfait où coule le lait et le miel et où nul effort n'est plus nécessaire.
Comme nous l'avons vu plus haut, c'est pendant son séjour à Londres qu'il a commencé à collationner les récits de voyages de découvertes, en particulier auprès de John White et de Jacques Le Moyne. Une fois à Francfort, il commença la publication de ces récits, d'abord sous le titre Les Grands Voyages puis La Découverte de l'Amérique suivie de la série sur les India Orientalis. Ces livres, rédigés par Thomas Harriot, d'abord publiés en latin, furent ensuite traduits en allemand, anglais et français afin de toucher une plus large audience. Mais en même temps que la traduction, il s'agit pour Théodore de Bry de s'adapter au goût de publics différents : ainsi, les versions latine et allemande vont largement varier. Quant aux illustrations, il semble qu'à partir des récits de Le Moyne par exemple, Théodore de Bry ait là encore ajusté l'image à ce qu'il comprenait des descriptions (et ici on comprend par l'écart entre le texte et son illustration que De Bry n'a peut-être pas eu en main de dessins originaux — ou même reconstitués de mémoire — de Le Moyne).
L'aquarelle de John White
 On voit ici comment Théodore de Bry reprend le dessin de White et le transforme.
Théodore de Bry lui-même n'a jamais traversé l'Atlantique, il s'appuie visiblement sur plusieurs récits (y compris le récit plus ancien de Girolamo Benzoni, Historia del Mondo Nuovo, publié en 1565 et qui s'appuyait à son tour largement sur Las Casas), décrivant des peuples sans rapport entre eux, mêlant les coutumes et les outils de tribus que rien ne liait, ses Amérindiens enfin semblent étrangement Européens, les femmes en particulier semblent les parentes de toutes ces Èves au Jardin d'Eden gravées en Allemagne quelques décennies plus tôt, par Cranach ou Dürer.
Plantations : les hommes usent un type de houe fabriqué à partir d'os de poisson (?) ; les femmes sèment.




Puis, du Jardin d'Eden à l'Âge d'or, on glisse directement à l'Âge d'airain.


Les aquarelles de John White sont conservées au British Museum. Les reproductions des gravures de Le Moyne viennent du Florida Center for Instructional Technology, University of South Florida, le volume aquarellé des Grands Voyages publiés par Théodore de Bry en 1591 est conservé à l'Université de Caroline du Nord.